Les Fêtes vietnamiennes

      

Chaque peuple possède un certain nombre de fêtes typiques. Que ces fêtes soient issues de traditions populaires ou qu'elles commémorent des événements historiques, toutes ont leur caractère propre et leurs rites particuliers.

Avant d'entrer dans le détail des principales fêtes vietnamiennes, il est nécessaire d'ouvrir une parenthèse: parmi les fêtes vietnamiennes qui figurent au calendrier, il en est dont l'origine étrangère est indiscutable ; c'est notamment le cas de la Fête des Morts ou " Thanh-Minh " (Pure Clarté) qui porte l'empreinte chinoise jusqu'en ses moindres particularités. Il en est de même de l'anniversaire du " Pardon des Trépassés " ou "Vu-Lan" qui, ayant une double origine hindoue et chinoise, s'imposa au Viêt-nam par l'entremise des premiers bonzes mahayanistes (Bouddhisme du Grand Véhicule). En effet, la fête du Pardon des Trépassés n'est en quelque sorte qu'une variante du culte "Ullumballa" préconisé naguère par Bouddha lui-même, en vue de mettre un frein au massacre du gibier à l'époque de l'année où, dans l'Inde, les animaux fuient les crues de la saison des pluies.

Ces remarques faites, on peut dire que la plupart des autres fêtes populaires, dont on verra plus loin la liste, par ordre chronologique, sont typiquement vietnamiennes ou profondément vietnamisées.

Le Tet Nguyen Dan

Le Têt, ou Nouvel An Viêtnamien, commence le premier jour du premier mois de l'année lunaire. C'est pourquoi, on l'appelle encore "Têt Nguyên-Dan" ou Fête du Premier Matin, considérée comme la fête la plus importante la plus attrayante et la plus pittoresque de toute l'année.

En effet, le Têt est par excellence la fête des sons, des parfums et des couleurs.

Les tons les plus chauds et les teintes les plus vives, nous les verrons à chaque étalage, à chaque devanture, dans chaque intérieur et sur tous les habillements : rouge sang des panneaux de caractères chinois - blanc crémeux des chrysanthèmes épanouis - orange vif des tranches de pastèques - vert veiné des pamplemousses juteuses - jaune safran des mandarines - rouge grenat des cochons laqués - jaune d'or des Ochnacées en fleurs - robes étincelantes des femmes etc.., tout révèle la splendeur de la Nature comme l'intensité de la joie de vivre, ensemble agrémentées de musique, de pétarades et embaumées d'arômes les plus subtils, depuis les senteurs nuancées des narcisses jusqu'aux parfums grisants des bâtonnets d'encens. Les couturiers n'arrivent plus à satisfaire les commandes, et les ménages les plus riches, comme les moins fortunés, se livrent à des dépenses extraordinaires.

Déjà au 7e jour avant le Têt proprement dit, les solennités commencent. Les chefs de famille allument les chandelles sur l'autel des ancêtres et brûlent du santal dans les encensoirs. Alors sont présentés aux génies gardiens du foyer, des plateaux de friandises et des articles en papier représentant un héron, un cheval, une paire de bottes, une robe de Cour et une toque de mandarin: C'est la cérémonie de "l'adieu aux pieux Lares", qui sont censés remonter au Ciel faire leur rapport annuel au Tout-Puissant sur le comportement des humains placés sous leur surveillance tutélaire.

Les chefs de famille viennent se prosterner devant l'autel, invitent les Génies à goûter aux mets choisis, et à déguster différentes liqueurs aromatisées. Puis, après les génuflexions rituelles, ils formulent le voeu que le rapport annuel qui sera fait là haut ne leur sera pas défavorable. Les offrandes en papier sont alors brûlées ; grâce à leurs nouveaux vêtements de Cour, les dieux Lares auront bonne figure, les montures fournies rendront moins pénible leur déplacement.

Quelques tirades de pétards les accompagnent à leur départ au Ciel. Après les libations des Dieux vient le repas des hommes: les enfants descendent les mets des autels et toute la famille s'en donne à coeur joie.

Mais ce n'est là qu'un prélude, et les préparatifs continuent de plus belle.

Les femmes n'arrêtent pas d'empaqueter du riz gluant pour leur pudding du Têt, et de piler de la viande pour en faire du pâté.

Les enfants se mettent à astiquer les bronzes: encensoirs, brûle-parfums, crachoirs, tous ces objets verront leur couleur virer au jaune d'or éclatant. La propreté du logis est minutieusement refaite. Et tous les intérieurs se décorent de fleurs, de feuilles et d'idéogrammes,: fleurs en pots, fleurs dans les vases, plantes artificiellement rabougries pour figurer des arbres centenaires, envahissent la pièce principale, tandis que les colonnes s'ornent de sentences parallèles et que les murs se couvrent de poésies, souhaits délicats qu'on formule pour la nouvelle année à soi-même, à sa famille et à la nation entière.

Une longue perche de bambou pourvue d'une touffe de feuilles et de quelques amulettes est plantée devant chaque maison, la signalant aux parents défunts et aux dieux favorables, pour qu'ils ne se perdent pas en chemin, en même temps pour avertir les esprits malfaisants qu'ils ne doivent pas s'approcher.

Le dernier jour avant la fête, à partir de midi, les rues se vident, les marchés peu à peu deviennent déserts.

Dans les demeures les autels s'illuminent de gros cierges et se garnissent de coupes chargées des fruits de la saison: dans les brûle-parfums, du bois d'aloès est mis à brûler, tandis qu'on allume les bâtonnets d'encens, et les volutes de fumée montent jusqu'au toit. Des victuailles savamment préparées sont placées à même l'autel et la famille se réunit pour attendre les mânes des trépassés.

A minuit sonnant, la coutume veut que les âmes des défunts reviennent sur terre.

Les vivants sont là pour les recevoir, debout devant l'autel, l'air grave.

Des salves de pétards font partie du cérémonial d'accueil : elles vont Se succéder jusqu'à l'aube. A l'intérieur dés maisons la fumée emplit l'air de mystère.

Tout le monde à tour de rôle se prosterne trois fois pour souhaiter la bienvenue aux ancêtres. Des liqueurs parfumées remplissent les verres.

Le chef de famille s'incline profondément, murmurant l'invitation aux mânes des ascendants disparus à ce premier repas de printemps et à partir de ce moment, tous les problèmes humains qui d'ordinaire engendrent les soucis seront mis de côté une trêve générale s'impose à tous les tracas de la vie quotidienne.

Tous les faits et gestes de ce premier matin seront surveillés, parce que tout sera sujet à interprétation : la superstition règne en maîtresse.

Chacun guette à travers la nuit le premier cri d'animal qui lui parviendrait à l'oreille : S'agirait-il d'un coq ? Présage de mauvaise récolte, parce que le gallinacé va picorer tous les grains1 Un cri de buffle? Nous aurons une année laborieuse.

Avec l'aboiement d'un chien, nous ne nous ferons pas voler

Dès l'aurore naissante, tout le monde se lève plus tôt que de coutume, les enfants mettent leurs vêtements neufs et toujours plus largement coupés que leur taille, car le voeu de toutes les mères est de voir leur progéniture grossir et grandir durant l'année.

Et les parents reçoivent les voeux respectueux des enfants, qui se prosternent devant eux jusqu'à terre.

Mais ce qui caractérise le plus cette première journée de Printemps, c'est son aspect religieux : alors que des repas copieux sont présentés aux ancêtres trépassés puis servis aux enfants, la majorité des adultes s'abstiennent de manger pour se rendre plus allègrement aux pagodes.

Les visites du premier jour de l'an font rares, parce que la personnalité du visiteur influe sur la destinée de la famille visitée pour les 365 jours qui suivent. Une personne en deuil, comme une femme en état de grossesse, devra éviter de sortir.

Seuls les gens vertueux et fortunés apportent une année heureuse. Une bonne situation sociale, ainsi qu'une abondante progéniture, sont requises de tout visiteur du premier jour.

Les visites de courtoisie et de bon voisinage doivent être reléguées aux jours suivants.

Certaines familles précautionneuses vont jusqu'à fermer hermétiquement leurs portes et solliciter la visite de gens de marque, qui rrépondent à. leur désir, et de longs souhaits conçus sur le triplet " Prospérité, Longévité, Bonheur ".

Durant ces premiers jours, il est interdit de se quereller,- de jurer ou de proférer desparoles qui attirent le mauvais sort et sontgénératrices de malchance.

On ne cassera pas la vaisselle: ce serait de mauvais augure.

Couture et balayage sont choses défendues, parce qu'ils annoncent peine et sueur pour toute l'année.

Les mouvements du balai sur le plancher risquent en plus de chasser le génie de la prospérité. Bien entendu, on n'entendra aucune parole grossière; aucun nom d'animal, que ce soit celui du singe, du porc ou du chien, ne sera utilisé dans la conversation courante, afin de ne pas attirer la malchance.

Pendant ce temps, les cérémonies rituelles continuent. Les offrandes aux ancêtres se renouvellent et d'autres offrandes viennent s'y ajouter pour d'autres Esprits. A chaque métier son culte : le laboureur rend un pieux hommage à sa charrue, l'artisan à ses outils, et les génies protecteurs de ces instruments sont comblés de fleurs, d'encens, d'alcool et de mets.

Quant aux lettrés; pour ouvrir l'Année nouvelle, ils inaugurent leur pinceau, glorifiant les fleurs et le Printemps. Ce sont les jours où la production littéraire est la plus abondante.

Les poètes chantent le renouveau de la Nature. Et les murs des demeures fortunées comme ceux des plus humbles logis, se couvrent de caractères calligraphiés surpapier écarlate :

" J'ouvre les volets donnant sur la cour,
" Le Printemps est de retour.
" Des couples de papillons blancs
" A coup d'ailes redoublés
" Dansent sur les fleurs enchantées ".

Les soirées se passent dans une liesse générale. Le jeux de hasard, les devinettes et la déclamation des vers anciens sont les passe-temps favoris. C'est aussi l'époque où le théâtre traditionnel est à l'honneur parce que chaque spectateur y cherche un présage pour l'avenir.

Et quand le crépuscule descend sur le 3ème jour de la fête, on célèbre l'adieu aux disparus.

On les accompagne en brûlant beaucoup de papiers votifs, or et argent qui constituent un viatique pour leur retour dans l'autre monde.

Au 7ème jour, on baisse la longue perche de bambou aux amulettes, et à partir de ce jour les êtres vivants retourneront à leur vie de nouveau dépouillée de ses rêves. Mais le Têt ne cesse pas encore et la fête continue doucement chez beaucoup de gens jusqu'au jour où leurs ressources seront épuisées et où ils se décideront enfin à reprendre leurs activités quotidiennes normales.

La fête Trang-Nguyên

(Le Premier Lauréat)

Après la fête du Premier Matin de l'année lunaire, nous voici arrivés au 15 du premier mois avec la fête Trang-Nguyên (Le Premier Lauréat), une fête, de nuit dont l'origine remonte aux temps où l'Empereur avait l'habitude de réunir, durant la première pleine lune, les doctes lettrés de son Empire en un fastueux banquet et où, entre deux gorgées d'alcool parfumé, chacun improvisait des vers sur un thème choisi par le souverain, tout en jouissant ensemble des splendeurs nocturnes du Printemps. Mais peu à peu la fête Trang-Nguyên s'est transformée en fête Thuong-Nguyên, au cours de laquelle les gens effectuaient des pèlerinages aux temples et pagodes pour implorer la bénédiction divine, car d'après le dicton, "les pratiques religieuses de toute l'année ne valent pas un pèlerinage du quinzième jour du Premier mois "'(Lê Phât quanh nam không bang ngày ram thang giêng).

Histoire de Trang Quynh

Les Dieux roulés par Trang Quynh

(Trang Quynh: symbole de la révolte contre la classe dominante)

Dans l'ancien Vietnam, la coutume voulait que les candidats aux concours pour les grandes universitaires fissent avant le jour des épreuves, des offrandes aux Génies afin de solliciter leur protection.

Trang Quynh ne croyait guère aux Génies. Mais ses parents ne voulaient pas que leur fils encourût la colère divine et qu'à cause de cela, le chemin des honneurs lui fût fermé.

Trang Quynh fit donc que ses parents lui disaient de faire. Mais l'argent qu'on lui avait donné pour acheter le nécessaire, il l'avait tout mangé.

Il entra les mains vides dans le temple qui abritait un Génie réputé puissant, se prosterna et fit cette prière: "O puissant Génie! Pauvre, je ne puis rien t'offrir pour le moment. Mais si tu daignes étendre sur moi ta protection pour que je passe brillamment mes examens, je t'offrirai une vache, foi de Quynh".

Et il fut reçu cong sinh ( Grade universitaire équivalant à celui de licencié)

Se souvenant alors qu'il avait à s'acquitter envers son Génie protecteur, Trang Quynh alla emprunter une vache avec son petit qu'il emmena au temple.

A la table sur laquelle était placée l'idole, il attacha la vache et laissa le veau en liberté.

Puis il se prosterna devant l'autel
- Merci ô Génie, dit-il, qui, de ta protection efficace, as assuré mon succès aux examens.
Voici la vache que je t'ai promise. Accepte-la!
Cela dit, il se retira.

La vache voyant son petit s'éloigner d'elle, s'élança à sa poursuite, entraînant la table à laquelle elle était attachée.

Les objets de culte, y compris la statuette, dégringolèrent avec fracas

-Quoi? s'écria Trang Quynh en se retournant. Tu as pitié de ma pauvreté, à Dieux de la Miséricorde, et me renvoies l'offrande? Bon!   Que ta volonté soit faite !

Il remis la table sur les pieds, releva les objets de culte et la statuette, détacha la vache et l'emmena.

Le Têt Han Thuc

Vient ensuite un long répit jusqu'au 3e mois et arrivé au 3e jour, on fête le Hàn Thuc (Les Aliments Froids) durant lequel, les jeunes gens des deux sexes se promènent au bord des rivières et des lacs et s'amusent à jeter des fleurs au fil de l'eau.

La croyance veut que le destin soit favorable à l'union d'un couple, si les fleurs jetées par eux venaient à se joindre.

Les dames et les jeunes filles de la haute société vont cueillir des feuilles de mûrier pour les donner aux vers à soie, car selon la tradition, la production de la soie dépend de ce jour de fête. Au retour, on mange des « Banh Chay » et « Banh Trôi », sorte de galettes de riz gluant sucré.

Mais la coutume demande qu'on les consomme froids, en souvenir d'un mandarin, Gioi-Tu- Thôi qui avait sauvé son roi, mais que celui-ci l'oublia par la suite. Gioi-Tu-Thôi se laissa mourir dans une forêt en flammes. Plutôt que de revenir demander une charge

Depuis, à cette fête, on évite de manger des plats chauds, de peur que le feu n'éveille la douleur de ses âmes meurtries.

Le Tet Thanh Minh

Quinze jours après l'Equinoxe de Printemps (3e décade du 3e mois) a lieu fête Thanh-Minh (La Pure clarté), c'est le premier jour de l'annee où le ciel est le plus serein, la lumière la plus brillante, et l'atmosphère est d'une exceptionnelle pureté.

Le temps invite à la promenade et les gens profitent de cette occasion pour visiter les cimetières, procéder à la toilette des tombeaux et penser aux défunts.

Le  Tet Doan Ngo

La Fête Doan-Ngo (Double-Cinq) est célébrée le 5e jour du 5e mois, c'est-à-dire le 2e mois de l'été, au moment où le principe positif du Yang, apparu depuis le solstice d'hiver pour prédominer à partir de l'Equinoxe de Printemps, parvient à son apogée.

A partir du solstice d'été, le Yang va décliner à son tour pour laisser place au principe négatif du Froid et des Ténèbres, le Yin, qui va prendre son ascension jusqu'au moment où se réalisera l'équilibre des deux principes à l'équinoxe d'Automne.

Au «Double-Cinq», la population a l'habitude de manger beaucoup de fruits et de légumes, et on se colore les ongles avec de la teinture de henné.

Les dames portent au cou des amulettes, les enfants des fils multicolores aux poignets, pour effrayer les esprits malins.

A midi, tous se rendent dans les bois pour procéder à la cueillette des simples, qu'on garde en provision dans sa demeure, après les avoir séchées, car les feuilles vertes cueillies ce jour-là auraient la vertu d'un antidote contre le venin de serpent et contre les parasites du corps humain.

On raconte également que ce jour-là, il est absolument impossible de trouver un lézard.

La Fête Thât Tich

La Fête Thât-Tich (Sept Obscur) ou du Double Sept (7e jour du 7e mois), commémore le souvenir des amours malheureux du Bouvier et de la Filandière.

Lui était gardien de buffles, mais plein de prétention, puisqu'il osait aimer la propre fille de l'Empereur de Jade.

Informé de cet amour, l'Empereur permit cependant l'union des jeunes gens et leur accorda généreusement sa bénédiction.

Mais les deux amoureux se donnèrent entièrement à leur passion, délaissant ainsi l'un, son travail de bouvier et l'autre son occupation de fileuse de soie.

Cette conduite leur valut le grand courroux céleste et l'Empeur sépara les deux amants en traçant entre eux l'immense Voie Lactée. Mais tous les ans, au 7e jour du 7e mois, il leur accorda la permission d'une brève rencontre- sur le pont O-Thuoc jeté par dessus la Rivière Argentée (Ngân-Hà) par la grâce des Corbeaux, Aussi, à cette époque de l'année, la tête des Corbeaux se dégarnit-elle de plumes à force de porter les cailloux destinés à la construction du Pont de la Brève Rencontre.

Et tous les ans, aux jours qui précèdent la Fête, la filandière, tout heureuse du bonheur en perspective, travaille avec une célérité telle qu'elle inonde le ciel de flocons de soie blanche et veloutée, appelés « fils de la Vierge ».

Le soir de la rencontre, elle pleure son éphémère bonheur, et ses larmes perlées tombent sur la terre sous la forme d'une pluie fine et bien faisante, appelée « Mua Ngâu », ou Pluie du Bouvier.

La Fête Vu-Lan

La fête Vu-Lan (Pardon des Trépassés) vient avec la pleine lune du 7eme mois.

C'est le jour ou chacun prie pour expier les péchés de ses parents disparus, ainsi que ceux des âmes errantes.

La légende raconte qu'un nommé « Muc-Kiên-Liên», dit La Bôc, était doué d'une grande intelligence et faisait preuve d'une piété exemplaire à l'égard de ses parents.

Très jeune, il avait perdu son père, et il lui restait une mère cruelle et cupide. Muc-Kiên-Liên, devant la conduite indigne de sa mère, promena sa peine aux quatre coins du monde.

Grâce à son travail et à ses qualités d'ordre et d'économie, il devint riche : il envoya à sa mère une grosse somme d'argent, qu'elle dilapida très rapidement.

Afin de tromper son fils, elle se réfugia dans l'enceinte d'une pagode, et lui fit croire que son argent était dépensé en oeuvres saintes et en secours charitables.

Quand il rentra au village, Muc-Kiên-Liên apprit la triste vérité et s'effondra de douleur.

Quel-que temps après, sa mère mourut. Il bâtit alors une chaumière près du tertre funéraire et en fils pieux y vécut trois années consécutives pour porter son deuil et fleurir la dernière demeure de la défunte.

Il se rendit ensuite au pays de Bouddha pour l'implorer de le prendre comme disciple.

Il se fit tondre les cheveux, prit l'habit de bonze et se vit confier la direction de la pagode de La-Bi située en pleine forêt de Quit-Son.

Un jour, il lui vint l'idée de se rendre à la Pagode Thiên-Thai où étaient détenues les âmes des morts non encore réincarnées. Il y trouva l'âme de son père, mais celle de sa mère n'y était pas.

Il pleura abondamment, quand Bouddha lui fit savoir que sa mère était encore enchaînée dans l'Enfer, pour purger les innombrables péchés commis de son vivant. Il obtint de Boudha la permission d'aller lui rendre visite et il put ainsi assister aux scenes de tortures atroces auxquelles sa mère était soumise.

Alors Muc-Kiên-Liên s'empressa de revenir sur Terre et se jeta encore une fois aux pieds de Bouddha pour lui implorer son pardon.

Emu par tant de piété filiale, Bouddha lui enjoignit l'ordre de venir à Vuong-Xi et là il retrouva sa mère réincarnée, mais en une chienne qui vint lui lécher les mains en guise de remerciement.

Usant de ses pouvoirs de Bienheureux, Muc-Kiên-Liên redonna à sa mère la forme humaine et il lui enseigna la religion.

Des années s'écoulèrent, jusqu'au jour où sa mère repentante put enfin sortir de l'Enfer. Muc-Kiên-Liên s'empressa de la suivre.

Depuis lors, pour récompenser la piété de l'enfant et réhabiliter la mère, une rémission générale de peine est accordée par le Saint Bouddha à chaque famille, jusqu'à la 7e génération antérieure.

La Fête Trung Thu

Le 15e jour du huitième mois nous amène à la fête du Trung-Thu (La Mi-Automne) au moment où la lune verse à flots sa clarté bénéfique sur la Terre. Les lettrés et les poètes cisèlent leurs vers pour sa glorification.

La jeunesse veille jusqu'à l'aube, échangeant des chansons d'amour pleines d'esprit pour attirer l'attention du Vieillard (Nguyêt Lao) et de la Dame de la Lune (Bà Nguyêt) qui passent leur temps à nouer les fils de soie rouge de l'hyménée.

Quant à ceux qui sont déjà mariés, ils boivent du thé et mangent des gâteaux en forme de pleine lune, en contemplant l'image de Thang Cuôi, le gardien de buffles au pied du banian millénaire, encadré dans le disque brillant de «l'astre du soir». Car tous espèrent pouvoir un jour s'élever vers ce territoire céleste, ou fut bâti le Palais de la Grande Froideur (Cung Quang-Hàn) réservé à la Princesse Hang-Nga, beauté immortalisée grâce à la Déesse Tây-Vuong-Mâu.

Ce palais fut visité jadis par l'Empereur Duong- Minh-Hoàng qui s'y rendit sur un pont luminieux jeté à son intention par un prêtre taoiste du nom de La-Công-Viên.

L'Empereur fut accueilli sur la Lune par des fées d'une beauté incomparable, qui dansèrent au son d'une musique voluptueuse, dans un décor enchanteur.

Pour perpétuer le souvenir, à Chaque Mi-Automme des processions de lanternes et de flambeaux, ainsi que des danses de licorne qui font la joie des enfants.

La Fête Trung-Cuu

Mais l'automme bientôt va à son déclin. La saison poétique « ou la biche désorientée foule, de ses pieds, les feuilles sèches » doit céder la place à l'hiver.

C'est le regret de voir partir le temps qui motive la fête du Trùng- Cuu (Double Neuf), durant laquelle les poètes entreprennent l'ascension des montagnes, à la recherche des coins où la verdure persiste encore. On passe de longues heures à assister pour une dernière fois aux splendeurs déclinantes de la Nature.

On lâche alors des cerfs volants pour tenter de monter avec eux, par l'esprit, plus haut encore dans l'espace.

La Fête Tao-Quân

Enfin au 23e jour de la 12e lune, on fête à nouveau les Tao-Quân (Dieux Lares), juste avant le retour du Nouvel An, et le cycle recommence.

Mais ces Dieux Lares qu'on fête ont aussi leur légende. Leur histoire commença par celle d'un ménage sans enfant, où l'amour s'était refroidi et les disputes devenues si fréquentes que la femme partit un jour pour fonder un autre foyer.

Le mari pris de remords partit à sa recherche ; il arriva ainsi un jour au crépuscule devant la nouvelle demeure de son épouse. Epuisé, il s'affaissa sur le seuil, les vêtements en haillons et la face ravagée par les privations multiples.

Alors la femme profondément touchée, le cacha dans une meule de foin, en attendant de pouvoir trouver un arrangement pour revenir à son ancien foyer.

Entretemps, le nouveau mari rentra au logis et, en préparant la fumure pour son travail du lendemain, mit accidentellement le feu à la meule.

Alertée par les flammes, l'épouse se précipita dans le brasier pour essayer de sauver son ancien conjoint.

Le nouvel époux, ne comprenant rien à un tel geste, se jeta dans le feu à son tour pour tenter de sauver sa femme.

Et tous les trois moururent carbonisés: c'était la volonté d'un destin implacable, et le peuple les immortalisa sous les espèces d'un trépied de fourmeau, en souvenir de leur amour tragique.

(extrait de www.mediaport.net)

Musique de fond: Caùi Troáng Côm